Danses Macabres

Bâle : 1, histoire

Histoire de la Danse macabre de Bâle

Nous savons que la Danse macabre de Bâle a été réalisée en relation avec l’épidémie de peste qui survint en 1439 lors du concile et dont furent victimes de nombreux prélats. Ceux-ci furent inhumés dans le cimetière du couvent dominicain. Ce couvent avait un cimetière laïque où étaient enterrés les civils qui l’avaient souhaité et de préférence ceux qui avaient rendu service au couvent, tels que les Mécènes - en échange, les frères priaient pour eux. Les frères étaient enterrés dans le cloître ou dans l’église. Ce cimetière civil était vaste, la Danse macabre peinte a tempera à l’intérieur du mur ne mesurait pas moins de soixante mètres de long sur près de deux mètres de haut.

Le nom de l’artiste n’a pas été transmis mais grâce à une étude approfondie Paul-Henry Boerlin a pu conclure en 1967 qu’il s’agissait très certainement de Conrad Witz.

La ville de Bâle fut soumise à l’iconoclastie réformatrice du début 1529 mais la Danse macabre fut épargnée, sans doute parce qu’elle n’était pas directement religieuse et que sa doctrine était universellement valable ; et puis, peut-être les bâlois y étaient-ils attachés.

Le conseil de la Ville avait en charge l’ancien couvent depuis la Réforme et chargea un certain Hans Hug Kluber (ou Klauber) de restaurer l’œuvre en 1568. Il en fit semble-t-il de profondes modifications : il modifia les visages et les vêtements et ajouta en tête le portrait du prédicateur protestant bâlois Johannes Œcolampade qui exhortait les fidèles à la repentance et à la conversion. À la fin du défilé il ajouta peut-être son portrait, celui de sa femme Barbara Haller et de son fils Hans-Ulrich. Une plaque commémorative signalait que le Conseil avait fait restaurer la Danse macabre « afin que ceux qui accordent moins d’importance à la sagesse divine soient touchés et éveillés par cette œuvre à la vraie philosophie et à la connaissance de soi ». La Danse macabre avait alors un grand succès, plusieurs visiteurs étrangers la décrivirent alors de façon succincte ou floue mais dithyrambique.

La Danse macabre fut encore restaurée entre 1614 et 1616 par Emmanuel Bock à la demande du Conseil. Les visages des fragments conservés à l’Historisches Museum lui sont sans doute imputables.

Une restauration eut encore lieu en 1667-1668 par Georg Meyer et Samuel Wurstisen, à la demande du maire Johann Rudolf Wettstein.

En 1703 une quatrième restauration fut faite par Benedickt et Hans Georg Becker, deux frères, et le maître d’école Hans Henrich Scherer refit les vers.

Il aurait encore fallu la restaurer au milieu du XVIIIe siècle ; mais en 1758 le Conseil refusa l’offre d’un certain Joseph Esperlin, et en 1760 celle de Josef Visconti. Toutefois en 1768 ce Conseil demanda une copie au topographe bâlois Emmanuel Büchel, qui s’y employa avec zèle et application, s’efforçant « d’imiter les défauts et imperfections de l’original dans toutes ses poses et chaque image, selon ses couleurs, avec la plus grande exactitude ». Il fit précéder sa copie d’un « rapport préliminaire du dessinateur ». Bien évidemment, il a copié ce qu’il a vu, c’est à dire une Danse macabre restaurée encore et encore. Une comparaison avec les gravures de Merian peut donner une idée de ce qu’elle était en 1621, donc entre les repeints d’Emmanuel Bock et ceux de Georg Meyer.

Au début du XIXe siècle le cimetière était dans son ensemble très délabré et beaucoup de bâlois estimaient que le plus simple était de le détruire, dès 1801. En 1804 les riverains lancèrent une pétition pour la démolition, ce qui eut lieu finalement les 5 et 6 août 1805. Quelques habitants cependant étaient opposés à cette démolition et réussirent à récupérer 23 fragments d’images - visages des vivants et jugement dernier de l’ossuaire peint - et trois fragments de texte. Ces beaux fragments sont exposés à l’Historisches Museum.

Illustration : vue de Bâle, par Merien l'Ancien en 1615. La flèche du haut indique le couvent des Dominicains, la flèche du bas indique le couvent des Dominicaines, au Klingental. Tous deux ont disparu. Une vue actuelle de Bâle serait inversée pour indiquer le nord en haut. Une vue plus claire de Bâle à cette époque peut être trouvée chez Alamy.



 

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