Danses Macabres

Lübeck 5 : Des dodes dantz, incunable de 1489

Des dodes dantz est le titre de cet ouvrage.

Il semble qu’il ne reste de cette édition qu’un exemplaire conservé à la bibliothèque municipale de Linköping, en Suède (ville au sud-ouest de Stockholm), c’est l’incunable 48 ; et une édition au Germanisches Nationalmuseum, Nuremberg (InK 8°28260).

Dans cet incunable il y a 28 vivants : pape, empereur, impératrice, cardinal, roi, évêque, duc, abbé, chevalier teutonique, moine, chevalier, chanoine, maire, médecin, hobereau, ermite, bourgeois, étudiant, marchand, religieuse, artisan, contremaître, paysan, béguine, cavalier, jeune fille, compagnon, nourrice et enfant. Notons que 26 bois seulement ont été utilisés car le compagnon et le hobereau sont les mêmes, comme le bourgeois et le contremaître.

Tous les sujets, morts et vivants, sont représentés devant un muret derrière lequel se profile un très simple paysage de collines ; parfois sur les collines se trouve un arbre ou des constructions. Les morts sont représentés sous quatre aspects : l’un est tourné vers la gauche, semblant faire un discours, les deux bras levés comme pour convaincre ; il a posé sa pelle le long du muret ; il est imprimé neuf fois. Le deuxième chevauche un lion cabré et brandit une large épée ; il menace six vivants. Le troisième porte une faux qu’il est prêt à utiliser ; il accompagne neuf victimes. Le quatrième tient un dard dans sa main gauche et semble s’éloigner de sa victime tout en se retournant vers elle ; nous l’observons sept fois.

Il est bien difficile de faire des comptes ou des comparaisons valables sur Internet : Nuremberg n’a pas scanné l’impératrice ; l’empereur est aux prises avec le mort chevauchant le lion à Linköping mais au mort à la pelle à Nuremberg… après la page de l’empereur numérotée vij, celle de son mort est numérotée b alors qu’elle est bien numérotée viij à Linköping. Le paysan a été photographié deux fois à Linköping (ce n’est pas une erreur de mise en page, c’est bien exactement la même page qui a été scannée deux fois…)

Au verso de la page de titre est disposé un registre, une table des matières : les trois premiers chapitres traitent de la mort, ses façons de survenir et du risque de mort définitive par péché. Le quatrième chapitre interpelle le pape : Seigneur pape, qui fus le premier sur terre… il y a donc 28 vivants ; chacun a son mort sur la page recto en vis-à-vis et globalement ils se regardent. Le chevalier est casqué, en armure, porte l’étendard ainsi que la grande épée et manifestement porte un tabard sur son armure ; on pourrait en faire un connétable français. Le chanoine porte une bourse à laquelle il a l’air de tenir. Le bourgmestre lève la tête d’un air hautain. Le marchand a des éperons comme sur les panneaux de la Marienkirche de même que c’est l’enfant avec sa nourrice qui termine cette suite. Il y a encore six pages de texte qui sont les discours du mort. Sur la dernière page on retrouve le mort à la pelle et, en gros caractères, le texte : O mors qui amara est memoria tua homini pacem habenti in substantiis fuis ecclesiastici XLI. (O mort que ton souvenir est amer / à l’homme qui vit en paix au milieu de ses biens. Eccli. 41, 1). Puis : gedichtet uñ ghesach in der kayserslikenstadt lubeck na der bord ihesu cristi mcccclxxxix (composé et réalisé dans la ville impériale de Lübeck en 1448 après la naissance de Jésus-Christ). On retrouve l’aigle bicéphale de l’empire, le blason de Lübeck partiellement dessiné et les sigles de l’éditeur : les trois coquelicots - ou pavots - et le T auquel est accolée une croix. L’ouvrage a été réimprimé en 1496, avec de toutes petites différences et on en trouve un exemplaire à la Herzog August Bibliothek de Wolfenbüttel.

Ce texte comprend 1686 lignes ; je ne les ai pas comptées (Cf. Seelmann) et je note qu’il n’y a pas d’usurier qui est pourtant un personnage habituel de nos Danses macabres. La longueur de ce texte et le nombre important de pages (72) font de cet ouvrage un livre moralisateur, un livre de dévotion si ce n’est de prière, dans lequel les illustrations devaient interpeller sévèrement le lecteur en lui rappelant l’importance de la contrition des péchés et la menace d’un jugement personnel avec le risque de mort subite.

Illustration : la page de titre (photo Nationalmuseum Nürnberg) et la page de conclusion (photo Bibliothèque Municipale Linköping.



 

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